Un nazi à Genève !

Heinrich HimmlerSUISSE. Incroyable mais vrai ! Le Cercle Georges Oltramare, mouvement d’extrême-droite romand, fêtera demain soir le 68ème anniversaire de la mort du nazi Heinrich Himmler (07.10.1900- 23.05.1945), ce dans une villa cossue de la campagne genevoise.

Rappelons que ce personnage fut, entre autres, le chef suprême de la Schutzstaffel (SS) dès 1929 d’abord au sein du NSDAP, puis avec l’arrivée des nazis au pouvoir, sous le IIIe Reich. Le Reichsführer-SS s’imposa vite comme l’un des dirigeants les plus puissants du régime hitlérien. Son organisation élitaire devint entre 1933 et 1945 un véritable état dans l’état germanique tant sur le plan politique, policier, militaire qu’économique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fit régner, avec son Ordre Noir, la terreur sur toute l’Europe occupée et le Front de l’Est. Mais Heinrich Himmler fut surtout l’ordonnateur de l’Holocauste. Quelque six millions de juifs furent exterminés par la SS au nom de l’aryanisme. En pleine débâcle de l’Allemagne, Adolf Hitler le révoqua le 28 avril 1945 pour haute trahison en apprenant sa tentative de négocier une paix séparée avec les Alliés. Après la capitulation nazie, le Reichsführer-SS fut capturé près de Bremervörde (D) par des soldats soviétiques le 21 mai 1945 avant de se suicider deux jours plus tard dans un camp de détention britannique à Westertimke (D). Le dignitaire nazi échappa ainsi au jugement et à la condamnation du Tribunal militaire international de Nuremberg (D) qui se tint du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. L’entité SS fut, en revanche, déclarée organisation criminelle ayant commis un génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’Humanité.

Un hôte de marque

Un ancien SS-Hauptsturmführer*, âgé aujourd’hui de 96 ans, sera l’invité d’honneur de cette commémoration. Cet Allemand, qui vit sous une fausse identité, n’a été poursuivi jusqu’à présent par aucune justice alors que plusieurs de ses supérieurs SS, à l’instar de son ami Fritz H. Schwalm, ont été punis en mars 1948 pour leurs actes coupables par l’un des Tribunaux militaires américains de Nuremberg (D). Son nom n’est pas cité dans le Crowcass. En tout cas, le nonagénaire ne figure pas parmi les derniers criminels nazis recherchés par le procureur allemand Kurt Schrimm du Z-Stelle der LANV et par le Centre Simon Wiesenthal. Selon ses dires, notre homme n’aurait pris part à aucun massacre ni persécution de civils dans le cadre de sa fonction ou de ses missions. Son rôle au sein de la SS a consisté à un travail administratif et juridique concernant la planification de la colonisation dans les pays annexés à l’Est par les nazis. En juin 1944, avec la déroute de l’armée allemande sur le front russe, il est incorporé à la Waffen-SS pour aller combattre l’avancée des troupes soviétiques. Celui-ci prétend avoir participé à l’ultime bataille pour la défense de Berlin, ce jusqu’au 20 avril 1945, avant de s’enfuir avec d’autres officiers et chefs nazis. A la fin de la guerre, notre militaire a échappé aux Alliés. Le gradé a réussi à quitter l’Allemagne d’abord pour l’Italie, puis pour l’Espagne grâce à des faux papiers d’identité et des complicités au CICR, avant de s’exiler vers l’Argentine en janvier 1946 via le réseau d’exfiltration Die Spinne. Dans son pays d’accueil, il a travaillé à Buenos Aires dans le secteur bancaire pendant plus de trente ans. Le retraité réside maintenant en Europe.

Une conférence exceptionnelle

L’ex-officier, récipiendaire de la Totenkopfring, donnera une conférence en anglais sur l’Ordre Noir, en particulier sur le RuSHA où il a servi quasi jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour mémoire, le RuSHA, créé en 1931 sous le NSDAP, avait pour rôle de veiller à la pureté aryenne et idéologique des membres de la Schutzstaffel. Puis, avec l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir et ses guerres de conquête, cet office SS était chargé, plus largement, des affaires raciales et du peuplement dans le Grand Reich. Le service était ainsi responsable de l’exécution de la politique de germanisation des territoires annexés. L’organisme était impliqué, en outre, dans le génocide juif comme le prouve la présence de l’un de ses commandants, le SS-Gruppenführer Otto Hoffmann, à la Conférence de Berlin-Wannsee (D) du 22 janvier 1942.

Le conférencier s’exprimera d’abord sur les raisons de son libre engagement dans la Schutzstaffel à l’âge de 22 ans, ce après une formation à la Napola de Plön (D) et des études de droit à l’Université de Dresde (D). Celui-ci nous parlera ensuite de l’organigramme et du fonctionnement de l’Ordre Noir à mesure de son expansion. Il enchaînera sur les activités du RuSHA et, plus spécifiquement, sur son rôle au sein dudit bureau. L’intervenant contredira notamment certaines thèses de Jan Erik Schulte et de Steven P. Remy, deux spécialistes de la SS, de même que plusieurs arguments de l’historien Georg Lilienthal, qui a écrit sur les centres Lebensborn. L’ancien officier SS achèvera son exposé avec quelques anecdotes personnelles telles que sa première rencontre avec Heinrich Himmler en février 1940 à la SS-Führershule de Braunschweig (D). Enfin, quarante-cinq minutes seront consacrées aux questions du public.

Reste à savoir pourquoi notre gradé SS, qui ne renie pas son passé nazi, a-t-il changé de patronyme et s’est réfugié en Amérique latine, entre 1946 et 2003, dès lors qu’il n’avait rien à se reprocher. D’autant plus étonnant que nombre de SS et de Waffen-SS n’ont jamais été inquiétés par une quelconque justice, pendant et après la dénazification. Certains vétérans ont même touché une pension de guerre ou d’invalidité de la part de la RFA. D’autres ont intégré la Bundeswehr dès 1955. A-t-il eu peur, après le conflit mondial, des possibles représailles judiciaires à son encontre compte tenu qu’il ne pouvait guère ignorer, à son niveau de responsabilités au sein du RuSHA, les atrocités commises par les nazis au cours de la germanisation des régions occupées et, bien sûr, de la Shoah ? Espérons que le conférencier répondra à ces interrogations !

A l’issu de son témoignage, les convives observeront une minute de silence à la mémoire de l’ex-dirigeant nazi. En guise de remerciement, l’orateur recevra une montre Eszeha de 1933 en or. Le discours sera suivi d’un repas et d’un concert pianistique. Autre clou de la soirée : un portrait d’Heinrich Himmler (huile sur toile, 70 x 91 cm), peint par Conrad Hommel en 1942, sera vendu aux enchères. Pour clôturer ce mémorable raout, l’assemblée chantera le Horst-Wessel-Lied après lequel, sans doute, ces nostalgiques du IIIe Reich feront trois fois le salut romain en criant Sieg Heil !

Pour quelques privilégiés en chemise brune

Une centaine d’invités suisses et étrangers, triés sur le volet, sont attendus à cet événement strictement privé. Chacun a dû débourser cinq cents francs pour y assister. Seront là, entre autres, des membres d’Aube Dorée, de l’American Nazi Party et de l’AWB ainsi que d’anciens militants du MSI et du CEDADE. De son côté, Gudrun Burwitz (84 ans), la fille d’Heinrich Himmler, a décliné l’offre. Les participants seront accueillis dans un décor des plus singuliers aux couleurs de la SS, signé de l’artiste Pixel, avec en fond une musique wagnérienne. Un drapeau frappé de deux runes Sōwilō flottera ce jour-là sur la propriété appartenant au Cercle Georges Oltramare, cela en toute légalité puisque que seul l’usage des symboles nazis à des fins de propagande est interdit en Suisse.

Aucun enregistrement audiovisuel de l’événement ne sera toléré à la demande expresse du conférencier. Un service d’ordre y veillera. Bien entendu, les médias locaux n’ont pas été conviés à couvrir cet anniversaire incongru. Les autorités genevoises ne peuvent, quant à elles, empêcher ce rassemblement officieux, n’en déplaise à la CICAD et aux antifascistes. Assurément, les organisateurs de ladite réunion n’enfreignent en rien la loi, en particulier l’article 261bis du CPS et sa jurisprudence.

D’autres rendez-vous

Cette célébration historique n’est pas unique au Cercle Georges Oltramare qui n’hésite pas à glorifier le nazisme et le fascisme tout comme certaines figures de l’extrême-droite. En effet depuis sa fondation en mai 2008, ce club de pensée honore chaque année également la mémoire de Robert Brasillach, Benito Mussolini, Julius Evola, Georges Lincoln Rockwell, Adolf Hitler, Léon Degrelle, Richard Wagner et, évidemment, celle des Suisses Franz Riedweg et Georges Oltramare pour ne citer que les plus notoires. Des débats sur des sujets divers, qui touchent principalement à la philosophie et la politique, sont inscrits, par ailleurs, à son agenda annuel. Depuis 2011, ses adhérents participent aussi au World Swastika Rehabilitation Day organisé par les Raëliens.

* Nom, matricules NSDAP et SS connus de la rédaction
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